Les carnets de voyage
Intuitions, mars 2005.

Dans le cadre de la création " Trans Sud Amérique " les carnets de voyage sont des ponctuations publiques, des temps destinés à l’explication, à la confrontation, à la rencontre. Ils consistent à présenter le travail de création ou les éléments qui la constituent, dans leur actualité, à rendre compte non seulement des diverses investigations dans les champs de la culture brésilienne mais aussi des formules d’expérimentations ayant un lien avec le corps.
Ces temps exigent également, si l’on se base sur le principe de la restitution d'un projet en cours, de rester attentif sur la combinaison la plus judicieuse possible à donner entre les différentes séquences chorégraphiques et d'autres médiums d’inspirations. Est ce à dire que ce qui pourrait être considéré comme une étape est déjà en soit un évènement spectaculaire parce qu’il se construit dans un esprit d’écriture ?. Pour y répondre et à titre d’exemple, je crois que l’émotion et l’intérêt associés à l’idée que l’on se fait du " spectacle " existent déjà, lors des répétitions quand l’improvisation dirigée bat son plein, quand l’acteur agit et qu’une impression de justesse émerge de ses questionnements sur le présent et le futur.
Ce volet est un premier pas ; le résultat de plusieurs interférences nourricières entre les différences techniques et culturelles de chaque protagoniste. Il propose une lecture transversale dans laquelle le travail des corps s’associe ou découle de celui de l’image, de l’écriture, de la parole et de la composition musicale ; en ce sens, sans que nous puissions bénéficier encore de l’imprégnation du premier voyage d'étude au Brésil inscrit dans le calendrier de mise en œuvre, il présente les premiers axes essentiels de Trans Sud Amérique.
En restituant ces composants c'est comme si, en amont de la présentation frontale, nous dirigions le regard du spectateur vers des points divergents ; c'est comme si nous lui demandions, dans un volume donné, de se tourner vers l'arrière, de regarder sur les cotés, d'observer le plafond.

Ce principe permet de montrer ce qui habituellement ne se montre pas. Il consiste à réunir et à mettre en évidence les formules revues et corrigées, les tentatives, les tentations, les questions réponses, en dehors des conventions chorégraphiques et même théâtrales, et même de tous les autres champs.
Peut-être cette démarche a-t-elle une valeur pédagogique qui aiderait à voir l'interdépendance de tous les éléments qui animent l’imaginaire , ceux qui restent invisibles ou ceux qui se concrétisent durant le processus de création. À ce stade , il me paraît intéressant de donner des points de vue multiples. Que serait à nos yeux et dans notre conscience un corps en mouvement si nous ne savions pas ce que sont les temps d’inertie et les corps immobiles ; Que seraient les choses visibles et palpables si elles ne côtoyaient pas un monde invisible. Les choses ont de la valeur parce qu'elles s'appuient souvent sur leur contraire ou sur ce qui gravite autours d’elles, il me semble. Les idées circulent parce que les opinions peuvent défendre des sens ou des raisonnements exactement inverses. L’exercice de la présente proposition se situe, à son stade de mise en œuvre, dans la quête d’un équilibre entre les différents constituants de l’œuvre pendant qu’elle se construit. L’idée de présenter des travaux confirme l’intérêt que nous avons pour le temps donné à la recherche et à sa mise en valeur. De là l’importance de la visibilité des liens qui existent entre les mots et la danse par exemple, entre les mots et le corps, entre la musique et la photographie, entre le dessin ou la sculpture et les matières sensitives, sensorielles, sensibles…À suivre

Jean-Jacques Sanchez