Création 2005/06 un échange France-Brésil-France


Présentation générale "TRANS SUD AMÉRIQUE"

Équipe artistique
Chorégraphe
: Jean-Jacques Sanchez
Danseurs : Ana Gabriela Castro, Juliana Portéous, Jean-Jacques Sanchez
Comédien et circassien : Hervé Verdon, Jane Huxley
Paysages sonores et musiques : Lucas Ciavatta (br) et Christophe Rodomisto (fr)
Scénographie décors et costumes : Leo Pilo (br),
Plasticienne : Marie Courdavault (fr)
Vidéos : Mariun Tarpin Lyonnet (fr)
Résidence : Centre chorégraphique de Rio de Janeiro, Marseille Objectif Danse, service de coopération et d’action culturelle du consulat de France à Rio


Aujourd’hui, avec "TRANS SUD AMERIQUE", toujours à la croisée d’une danse écrite et improvisée, en mêlant d’autres pratiques, je me tourne vers des formes inspirées des traditions et rituels anciens religieux ou profanes dans lesquels le corps a une place prépondérante. Je travaillerai à partir de leur observation puisqu’ils sont toujours vivants.


Propos chorégraphique

Pour "TRANS SUD AMERIQUE", je souhaite partir des pratiques rituelles (religieuses ou profanes) qui correspondent à l’affirmation d’identité existant dans ces sociétés quel que soit leur degré de tolérance. Me fondre dans cette dynamique "très particulière" de ce monde, avec une interrogation sur la matière artistique. Procéder autant au contact des archétypes du féminin et du masculin dans un aspect très général, que dans la réalité des solitudes, jusqu’aux lieux des impuissances. Les racines africaines, que je décèle chez chacun, à travers les signes comportementaux, mettent en exergue les singularités des corps. Ce sont les matières que je voudrais révéler et inscrire dans mon travail de chorégraphe.

Mon objectif est de rencontrer -et de faire se rencontrer- les danseurs dans des propositions (provocations) artistiques. Découvrir malaxer, pétrir, travailler la matière de ce qui nous est commun par les seuls moyens possibles : ceux qu’a le corps dans sa capacité de percevoir à travers tous ses particularismes culturels. Je veux partir des différences, traduire des éléments non communs mais juste autres.

Je pourrai ainsi aboutir, par un chemin préalablement repéré, à la construction de la pièce.


Le projet chorégraphique

La danse que je propose est une alternance de sections écrites et improvisées. Je demande donc aussi aux danseurs de considérer leur mémoire propre et secrète et de la traduire pour eux en signes afin de l’intégrer dans leur "état d’être".
La danse improvisée est expérimentée chaque fois, séquences/alternances improvisées, en étirant les temps, en imaginant de nouvelles orientations, en s’imprégnant du propos et en le laissant cheminer dans la pensée, dynamisant l’imaginaire.

Observations issues du premier voyage (novembre 2005)

Les rites et les traditions religieuses comme éléments d’inspiration du projet Trans Sud Amérique

En observant les traditions religieuses, ce sont surtout les atmosphères, les sonorités, les temps et le rapport fascinant aux choses invisibles qui ont animé ma curiosité. En partant de ce que l’humanité pratique de communications avec l’invisible sans lesquelles, il me semble, les peuples ne pourraient supporter leur existence réelle, je me suis procuré lors de la mise en œuvre du premier carnet de voyage, outre la recherche dans les domaines du colonialisme, de l’esclavage, et des mythes amérindiens, un autre terrain de d’investigation. Une grille supplémentaire qui concernait la famille, j’ai tenté de traiter le rapport entre un père et une fille, la situation d’une mère disparue, etc… Parallèlement, en approchant le rapport à la famille, je touchais à l’abandon, à l’éloignement, à l’indifférence, à l’absence, à la tendresse, au baiser, au cri, à la dispute, aux rôles des hommes et des femmes dans la cellule familiale.
Même si il était facile de le prévoir, le sacré m’a semblé être un domaine extrêmement délicat à approcher et surtout à traduire spectaculairement car il ne peut y avoir une retraduction factice des mystères et des croyances ni d’ailleurs une représentation spectaculaire plausible des images et des actes qui les caractérisent.

Préservation des origines identitaires
En partant du syncrétisme comme conséquence de l’imposition d’un peuple sur un autre, je me suis interrogé sur ce que représentait dans l’histoire le résultat des qualités combatives de l’homme au sein de la collectivité dès lors que l’on touche à ses valeurs premières que sont son cœur, son corps et son esprit.
Nous voyons que l’homme nègre esclave au Brésil a su répondre aux exigences du colonialiste sans pour autant abandonner ses propres valeurs. Nous savons que si nous voulons appréhender la vie dans un souci d’émancipation et de meilleure connaissance de soi, cela se traduit très souvent par la transgression et la remise en question des valeurs et des images imposées sur notre propre personne durant toutes les étapes de notre éducation.
À l’époque de l’esclavage, ces femmes et ces hommes ont su faire mines de correspondre à ce qui leur était imposé ; Ils n’étaient pas question pour eux de se révolter d’une manière fulgurante et désordonnée ; bien au contraire il est probable que cette acceptation affichée et pacifique face à l’humiliation et à la monstruosité, ait donné à leur identité bafouée un espace de préservation et d’éternité.

L’affirmation d’une mémoire
En observant la mixité de la société brésilienne, qui est perçue à tord en Europe comme une résolution partielle du racisme, j’ai pu m’apercevoir en plus des inégalités sociales poussées à leur paroxysme, de l’importance des dégâts affectifs, relationnels, existentiels provoqués par les politiques colonialistes du siècle passé. Ainsi, les déchirures familiales ont été nombreuses et dévastatrices. Les pertes de repères générationnels et des origines de lignées provoquées par des séparations et des politiques de déplacements forcées ont eu des conséquences peu louables sur l’évolution sociale et économique du Brésil et ont de cela de grave qu’elles portent en elles une responsabilité incommensurable dans la lente décomposition des ethnies et sociétés tribales africaines.
Sans doute, les pratiques religieuses syncrétiques au Brésil comme les Candomblés ont-elles une vocation spirituelle et politique, symboles des combats passés et avenirs. Manifestement, ces pratiques multiformes extrêmement présentes et proprement contemporaines se définissent comme un facteur de résorption des douleurs du peuple liées à son histoire. Elles représentent dans le même temps le ciment d’une société, l’outil de préservation et de défense d’une mémoire originelle essentielle et indéfectible. Les corps déplacés faisant appel aux esprits ancestraux, jouant le rôle de transmetteurs perpétuant l’imaginaire d’un peuple harcelé sur sa propre terre.

Jean-Jacques Sanchez